Le stock d'un camion
se tient comme un dépôt.
Dans la plupart des entreprises, le camion est le seul point de stock que personne ne compte. C'est aussi celui où part la moitié de la valeur. Voici comment le remettre dans le système.
Pourquoi le camion échappe au stock
Un dépôt a des murs, des emplacements et quelqu'un qui en répond. Un camion n'a rien de tout cela. Le matériel y entre par un bon de sortie qu'on remplit rarement, en sort sur un chantier sans que personne ne le note, et revient parfois sans qu'on sache s'il a servi.
Le résultat est toujours le même : le logiciel de gestion affiche un stock au dépôt, la réalité est dans huit véhicules, et l'écart n'apparaît qu'à l'inventaire annuel, quand plus personne ne peut expliquer d'où il vient.
Le problème n'est pas la rigueur des techniciens. Il est que le camion n'a jamais été déclaré comme un point de stock. Tant qu'il n'en est pas un, tout ce qui y entre disparaît des comptes.
Définir une dotation, pas une liste de courses
La dotation est la liste de ce que le véhicule doit contenir en permanence, avec une quantité cible par référence. Elle ne se décide pas véhicule par véhicule mais par type de tournée : un camion de dépannage froid commercial et un camion de maintenance CVC ne portent pas le même matériel.
Trois questions suffisent à l'établir. Quelles interventions ce véhicule fait-il dans 80 % des cas ? Quelles pièces rendent une intervention impossible si elles manquent ? Lesquelles peuvent attendre une livraison du lendemain sans immobiliser le client ?
La première version de la dotation est toujours fausse. Elle se corrige en regardant, au bout de deux mois, ce qui a réellement été consommé et ce qui n'a jamais bougé.
Le contrôle de départ
Un contrôle de départ compare ce qui est dans le véhicule à sa dotation, et signale les manques avant que le technicien ne parte. Fait au dépôt, il coûte quelques minutes. Découvert sur le chantier, le même manque coûte un aller-retour et un client mécontent.
Pour qu'il soit tenu, il doit être court et se faire sur le téléphone, debout à côté du véhicule. Un contrôle qui suppose de repasser au bureau ne sera pas fait.
Enregistrer la sortie au moment du geste
C'est le point qui décide de tout le reste. Une sortie notée le soir sur un carnet, ou en fin de semaine sur un tableur, est une sortie approximative : la référence exacte est oubliée, la quantité est arrondie, le chantier est parfois attribué au mauvais client.
Une sortie enregistrée au moment où la pièce est prise, en scannant son étiquette, est exacte par construction. Elle prend cinq secondes et supprime la saisie du soir, qui prenait vingt minutes et se faisait de mémoire.
C'est aussi ce qui permet d'imputer la pièce au bon chantier, donc de connaître le coût matière réel d'une affaire au lieu de l'estimer.
Les reliquats de chantier
Le matériel commandé pour un chantier et non posé est la deuxième source d'écart. Il reste dans le camion, s'y accumule, et finit par être racheté parce que personne ne sait qu'il est déjà là.
La règle est simple : ce qui n'a pas été posé retourne au dépôt ou reste déclaré dans le véhicule. Dans les deux cas, il doit rester visible dans le stock. Un reliquat invisible est un achat en double.
Ce que ça change
Quand le camion est un point de stock, trois questions deviennent répondables sans appeler personne : où est cette pièce, combien en reste-t-il au total, et qui l'a sortie pour quel chantier.
Le réapprovisionnement cesse d'être déclenché par un technicien qui constate un manque, et devient déclenché par un seuil. La discussion sur les écarts d'inventaire cesse d'être un procès et devient une lecture d'historique.
Questions fréquentes
Faut-il un inventaire de chaque camion pour démarrer ?
Oui, une fois. C'est le seul moyen d'avoir un point de départ juste. Ensuite, ce sont les mouvements qui tiennent le stock, et l'inventaire devient un contrôle par sondage.
Les techniciens vont-ils vraiment scanner chaque sortie ?
Cela dépend de ce que le geste remplace. S'il s'ajoute à la saisie du soir, il sera abandonné. S'il la supprime, il est adopté, parce qu'il fait gagner du temps au technicien lui-même.
Comment gérer le matériel commun à plusieurs véhicules ?
En le rattachant à un point de stock distinct, par exemple une remorque ou un local de chantier, plutôt qu'à un camion en particulier. Un point de stock est un lieu, pas nécessairement un véhicule.
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